« Je répugne à écrire pour un instrument que je ne puis souffrir », écrit Mozart à son père en 1778, alors qu'il travaille aux trois quatuors (et deux concerti) commandés par un flûtiste amateur néerlandais. A entendre ces pièces gracieuses et animées, où la flûte remplace le premier violon, on a peine à prendre Wolfgang au sérieux. Ou alors, il faut saluer son fair-play, car rien, à l'écoute, ne permet de deviner cette aversion. Prenez l'adagio du Quatuor en ré majeur : en majesté, la flûte y déroule un admirable ruban mélodique sur fond de cordes en pizzicati, avant de s'interrompre sur un point d'interrogation, et de rebondir sur un rondo d'une paisible allégresse. Juliette Hurel est flûte solo à l'Orchestre philharmonique de Rotterdam depuis 1998, et le Quatuor Voce construit un joli parcours depuis plus de dix ans. Jusqu'au dernier quatuor, plaisanterie érudite pour amis mélomanes, la douceur soyeuse de la flûte en bois s'accorde à merveille au bel éventail de couleurs offert par les cordes. ? Sophie Bourdais (télérama)